On dit que c’est aux enfants d’enterrer leurs parents, mais pas si tôt, pas si tôt…

Ma pauvre petite P. … Cette année commence d’une manière tellement agressive, injuste…

Je sors de ma chambre, je sens que mon père veut me dire quelque chose, que quelque chose le tourmente…

– Tu sais, la mère de P. a été emmenée par le SAMU hier…

– Ah bon ? Pourquoi ? Qu’est-ce-qu’elle a ?

– Apparemment c’est un problème cardiaque… Elle aurait fait une crise cardiaque… Et les gens disent que ça fait à peu près une semaine qu’elle n’est pas bien, qu’elle est très pâle… Et ce n’est pas sûr qu’elle s’en sorte.

– Mais pourquoi tu dis ça ? Pourquoi il faudrait croire ce que disent les gens ? Elle va peut-être revenir ! C’est peut-être un souci moins grave !

(il s’approche)
– Si je te dis ça, c’est parce que c’est fini…

– Je ne voulais pas que ce soit ta mère qui te l’annonce parce que vu la manière dont elle me l’a dit ce matin, d’un coup, comme ça, je préférais te le dire plutôt que tu l’apprennes de la manière dont je l’ai appris…

Inutile de vous dire dans quel état je suis depuis le début de l’après-midi. P. est une amie d’enfance, je la connais très bien tout comme ses parents… Petite, j’ai passé des après-midis entiers chez elle à jouer, à l’époque où sa mère était fleuriste. On a toujours vécu dans la même village. P. et moi étions ensemble en primaire et au collège, on prenait le bus ensemble… Ses parents sont d’une gentillesse incroyable… Ma pauvre P. … Je n’ai même pas les mots pour exprimer toute la peine que je ressens…

Je ne peux qu’adresser mon affection sincère à ton père et à toi… Je ne suis pas douée pour réconforter les gens…

On est de passage ici. On est rien, rien du tout.

La vie est profondément injuste.